dimanche 16 février 2020

Depuis le temps de vos pères, les enquêtes du généalogiste (Dan Waddell)



  • Depuis le temps de vos pères, les enquêtes du généalogiste (Dan Waddell)
  • Poche : 391 pages
  • Editeur : Actes Sud Editions (4 janvier 2013)
  • Collection : Babel noir
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2330014481
  • ISBN-13 : 978-2330014483




Mon résumé :
Katie Drake, une actrice de théâtre est retrouvée morte dans son jardin. Sa fille, Naomi Buckingham, 14 ans est portée disparue… Il n’y a pas de traces de lutte dans l’appartement.
Après avoir enquêté dans l’entourage des 2 femmes, après avoir interrogé voisins et collègue de Katie, l’inspecteur Grant Foster est obligé de se rendre à l’évidence : il n’a aucune piste.  
A part un cheveu retrouvé sur le cadavre. Un cheveu qui, après des analyses ADN, révèle qu’il appartient à un parent de l’actrice. A bout de solution, Foster décide de faire appel à Nigel Barnes, généalogiste de son métier. Et si la solution se trouvait dans le passé de la famille de la défunte, mais le passé lointain…
Mon avis :
 Après La moisson des innocents, (qui n’a pas fait l’objet d’un article) c’est le deuxième livre de cet auteur que je lis et je dois dire que j’y prends goût.
L’auteur sait faire « monter le suspens ». En effet on part d’un crime « banal » avec une disparition. Et petit à petit on se retrouver « parachuté » dans les méandres du passé. Comme si ce crime et cette disparition n’était que la conséquence de ce que les ancêtres des protagonistes avaient fait. Ici c’est bien une histoire de vengeance sur le long, très long terme qui est en jeu. Et des innocents (comment peut-on être responsable des actes de nos ancêtres ???) en paient le prix, le prix fort !!)
 Mr Waddell est fort : la construction de l’histoire, l’enchâssement des enquêtes (policière et généalogique) fait qu’une fois les premières lignes dévorées, il devient impossible pour le lecteur de lâcher le livre. On en vient même à oublier la disparition de l’adolescente…
Il faut dire qu’il a une équipe d’enquêteurs de choc.  
Il y a d’abord, quasiment au centre, Foster, l’inspecteur principal. Au moment où débute l’histoire il est de retour sur le terrain après un long arrêt de travail. Il faut dire que son enquête précédente (que je n’ai pas lue) a failli très très mal tourner, et l’a laissé avec de sérieuses blessures. J’ai aimé son côté loup solitaire. Son plaisir de reprendre le travail et sa déception quand il s’aperçoit que, même s’il est prêt comme d’habitude, à travailler sans compter ses heures, il est contraint par son plan de retour au travail. Un plan qui stipule en effet qu’il ne doit pas faire plus d’un certain nombre d’heures par semaine ; nombre d’heures atteint en 2 ou 3 jours pour lui !! J’ai apprécié les relations que Foster entretient avec les autres protagonistes. Et en particulier avec le personnage de Gary, sous le « charme » duquel je suis tombée.  Mais je n’en dirais pas plus à son sujet pour ne pas vous gâcher votre plaisir.  
Dans le clan des enquêteurs il y a aussi, deuxième personnage central (😉) Nigel Barnes.
Généalogiste, passionné par son travail, connaissant tous les endroits où trouver des indices, il donne plus qu’un sérieux coup de main à Foster. Il est celui qui l’aide dans sa recherche du passé, pour remonter les arbres généalogiques, établir les liens improbables, rechercher l’introuvable ! J’ai   autant apprécié la personnalité du personnage que ce qu’il nous apprend sur ce travail bien particulier qu’est la généalogie. Il donne envie d’en fait tant tout parait facile 😉.
Troisième élément (et non le moindre) du trio d’enquêteurs, il y a Heather. C’est elle qui analyse les scènes de crime pour aider à trouver des pistes sur la personnalité de l’assassin, sur ses motivations. J’ai trouvé son personnage très intéressant.
Enfin, je peux rajouter que j’ai vraiment apprécié l’aspect « historique » de cette enquête. Cette lecture m’a appris certaines choses sur l’univers de la communauté mormone et m’a intéressée.

Je rajoute ce titre au challenge petit bac dans la catégorie « mot au pluriel » avec le mot  PÈRES

jeudi 13 février 2020

Avalanche Hôtel ( Niko Tackian )


Avalanche Hôtel - Prix Ligue de L'Imaginaire-Cultura 2019 (Suspense Crime)

  •  Avalanche Hôtel ( Niko Tackian )
  • Poche : 288 pages
  • Editeur : Le Livre de Poche (2 janvier 2020)
  • Collection : Thrillers
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2253259969
  • ISBN-13 : 978-2253259961

Mon résumé :
Qu’est-il arrivé à Catherine Alexander ? Elle a disparu sans laisser de traces en janvier 1980 alors qu’elle passait ses vacances à l’Avalanche Hôtel, résidence haut de gamme des Alpes suisses ? Jeune fille de « bonne famille », Catherine, n’était pourtant pas du genre à fuguer …
Pourquoi Joshua Auberson, lieutenant sans histoire de la police cantonale de Vevey, a-t-il, à 30 ans à peine, des pertes des connaissances inopinées ? Pertes de connaissances pendant lesquelles il « voyage » entre 1980 et … 2018 ? Voyages « temporels » qui l’amènent souvent dans les locaux, pourtant désormais désaffectés, de l’Avalanche Hôtel. A qui appartient la silhouette géante qui semble poursuivre ce jeune flic trentenaire ?

Mon avis :
 Pour cette enquête, Nikos Takian a abandonné son personnage de Tomar Khan. Il a également délocalisé la scène de crime dans les Alpes Suisses , un décor sublime quoiqu’un peu «  angoissant » avec ses tempêtes de neige, ses cantons isolés dans les sommets.
Même si je suis impatiente de retrouver Tomar, je trouve que ce changement est une réussite.
Tout d’abord par le choix de ses personnages principaux : Joshua Auberson et Sybille, son adjointe. Le premier est, et cela devient de plus en plus rare, un flic normal. Certes il « voyage » dans le temps mais son langage est correct (pas de « gros mots » à chaque fin de phrase ou à chaque prise de parole), il a des relations normales avec ses collègues et son entourage. Il n’aime pas faire usage de son arme. Il ne cherche pas à tout prix à outrepasser la loi, mais se le « permet » quand sa quête de la vérité sur Catherine l’y pousse.
 Je l’ai trouvé attachant, dans sa quête de vérité mais également dans sa relation avec Sibylle. Un autre personnage attachant que cette Sibylle. Un physique atypique, une histoire personnelle un peu compliquée qui explique son comportement et ses « difficultés relationnelles ». On a envie de la connaitre, et j’ai vraiment apprécié ses remarques, sa fiabilité. Dès que Joshua a besoin d’elle, elle est là, sans priver du plaisir de le taquiner… Une belle personne si elle existait.
Je n’ai rien contre les enquêteurs torturés, ça peut rajouter une dimension aux enquêtes… Mais c’est également plaisant, comme ici, d’avoir des enquêteurs « normaux ». Ça permet de se concentrer sur l’enquête, de se concentrer vraiment sur la recherche du coupable sans avoir trop de paramètre à « occulter ». Ça fait du bien !! Et j’avoue que j’ai même réussi à comprendre une partie de la vérité avant la fin de l’histoire… Une partie seulement car l’histoire n’est pas simpliste, mais c’est quand même plaisant !!!
L’enquête en elle-même est intéressante, l’écriture de Mr Tackian agréable à lire sans fioriture mais sans pour autant tomber dans le simplisme.
Enfin, j’ai également apprécié les quelques digressions sur la mémoire, les souvenirs saupoudrées dans le livre.
Que rajouter si ce n’est que c’est une lecture agréable pour entamer une semaine de vacances et pour entamer ma première ligne du challenge Petit Bac 2020, dans la catégorie Lieu . 



samedi 8 février 2020

Je te plumerai la tête (Claire MAZARD)


 Je te plumerai la tête par Mazard

  •  Je te plumerai la tête (Claire MAZARD)
  • Broché : 512 pages
  • Editeur : Syros Jeunesse (6 février 2020)
  • Collection : GRAND FORMAT SYROS
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2748526783
  • ISBN-13 : 978-2748526783




Mon résumé :
A 16 ans Lilou est une adolescente comme les autres qui vit dans le sud de la France. Enfin non, pas tout à fait comme les autres. Alors qu’à l’adolescence, les jeunes affrontent leurs parents, leurs en veulent de les surveiller, de mettre des règles trop strictes, Lilou, elle, a une relation quasiment fusionnelle avec père, Papa Lou. Elle se trouve chanceuse que celui-ci vienne la chercher tous les soirs à l’arrêt du bus, la dépose le matin…
En y réfléchissant, depuis sa plus tendre enfance, à la maison, il y a toujours eu Papa Lou avec Lilou d’un côté, et de l’autre sa mère. C’est au point que, alors que celle-ci est en phase terminale d’un cancer du pancréas, Lilou ne va quasiment pas la voir à l’hôpital. Papa Lou lui a dit qu’« il valait mieux qu’elle s’épargne la corvée de l’hôpital, que sa mère était pénible … ».
Mais un jour, alors qu’ayant terminé les cours plus tôt que prévu, Lilou rentre seule pour faire une surprise à Papa Lou, elle surprend une conversation téléphonique entre ce dernier et une femme. Une phrase prononcée va faire se fendiller l’image du père idéal …

Mon avis :
Tout d’abord je tiens à remercier les éditions Syros pour m’avoir permis de découvrir ce livre. Même s’il est adressé à des lecteurs adolescents, je trouve qu’il est intéressant pour des adultes aussi.
L’analyse qui est faite du rapport père-fille est, à mon avis, très pertinente et bien menée. De plus l’auteur décrit très précisément comme ce père, a tissé sa toile autour de sa fille, de quelle façon il la maintient sous sa coupe, au point que celle-ci se culpabilise à la moindre pensée que ce père pourrait ne pas être celui qu’elle pense. Au point que ses remarques, en apparence anodines, font culpabiliser Lilou, la font se sentir une mauvaise fille, la rendent malade.
Lilou dit elle-même qu’elle a peur de ne pas être à la hauteur de ce père que ses amis lui envient, de cet homme que tout le monde admire pour son dévouement, sa gentillesse, dont tout le monde souligne le courage d’avoir une femme hospitalisée .
Tout au long des pages, après la première prise de conscience, les hésitations de l’adolescente entre « j’exagère » et « ce n’est pas normal », le conflit de loyauté est clairement décrit. Sans mièvrerie. Car Lilou n’est pas le genre de personnage tête-à- claque à qui le lecteur a envie de crier « mais tu ne vois pas que ce n’est pas normal qu’il te dise ça ? ». Non, Lilou est un personnage dont on ressent le désarroi. On se demande quel mot ou action de son père sera le déclic,  lui permettra d’accepter de mettre des mots sur des choses qu’elle ressent intuitivement, sur des choses qui la révoltent. Quand va-t-elle se donner la permission de dire stop, de ne plus tout accepter ?

Je trouve cette lecture d’autant plus intéressante (pour des ados ou des adultes) que les pervers narcissiques ont tous des procédés similaires, pour maintenir leur victime sous leur coupe. Alors, peut être que la lecture de livre pourra permettre à des jeunes (filles ou garçons) ou des moins jeunes (femmes ou hommes) d’identifier dans leur entourage des personnes avec cette pathologie, et de dire stop avant qu’il ne soit trop tard … 


dimanche 29 décembre 2019

Munera ( Eric Calatraba)


Munera

  •  Munera ( Eric Calatraba)
  • Broché : 380 pages
  • Editeur : Caiman (19 novembre 2019)
  • Collection : Polars
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2919066781
  • ISBN-13 : 978-2919066780






Mon résumé :
 A Nice, en Laponie, en Australie, à Rio… des jeunes, des moins jeunes sont engagés pour des combats ultimes…
A Nice, justement, des braqueurs de fourgons bancaires sont abattus... Un corps est retrouvé dans un sac…
Ces meurtres sont-ils liés ? C’est à Raphaël Larcher et Ugo Lucchi qu’il revient d’enquêter …

Mon avis :
Autant j’avais été happée dès le début par Haïku, autant mon entrée dans Munera a été plus compliquée. Les descriptions de combats au début, la violence et l’enchainement des personnages m’ont prise au dépourvu…Quand le quotidien est déjà difficile et non dépourvu de violence ( physique ou institutionnelle) il n’est pas simple de retrouver cela le soir dans son lit, inscrit noir sur blanc sur les pages de son livre…
J’ai tenté de lire en transversale ces pages ... puis je me suis dit qu’il valait mieux que je recommence au calme… j’ai bien fait car cela m’a permis de mieux comprendre la suite et de l’apprécier.
Ce livre est plus noir, que Haïku. En dehors de Raphaël et Ugo, les personnages sont moins attachants, ou plutôt plus résistants. L’histoire a encore une fois des ramifications « mondiales ».
La musique est un peu moins présente, moins un élément essentiel de la résolution des crimes.
J’ai apprécié la dénonciation, par l’auteur, des non-dits, du danger du « toujours plus », de l’escalade de la violence avec comme envie le pouvoir et l’argent. Mr Calabrata questionne la place de la vie et surtout du respect de l’humain dans notre société actuelle : qu’est ce qui est plus important : l’argent ou la vie ?
 J’ai aimé aussi la question de l’acculturation qui est évoquée au travers d’un des personnages : comment se construire quand on est issu d’une double culture, quand il faut en plus s’inscrire dans la modernité… Faut-il rejeter et tourner le dos au passé et aux connaissances des cultures ancestrales ou peut-on au contraire se servir de ce que les anciens ont appris et nous ont transmis pour faire un monde meilleur, plus respectueux de la nature et des différentes formes de vie ? Comment faire coexister la nature, le respect de celle-ci et les « besoins » de nos sociétés actuelles.
Mr Calabrata nous montre que quelles que soient les époques les relations familiales, les non-dits sont toujours au centre de la construction des êtres humains …
Merci à Jean Louis Nogaro pour cette découverte et à Mr Calatraba pour toutes les réflexions que ses livres suscitent !!