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dimanche 10 mars 2019

L’enfant roman ( Fabienne Thomas)


 L'enfant roman


  • L’enfant roman ( Fabienne Thomas)
  • Broché: 176 pages
  • Editeur : Folio (30 août 2018)
  • Collection : Folio
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2072761336
  • ISBN-13: 978-2072761331




Mon résumé :
Violette et Baptiste sont jeunes et amoureux. Alors, quoi de plus naturel que de vivre ensemble et d’avoir un bébé ?
Mais voilà, la petite Clara qui pointe le bout de son nez n’est pas un bébé comme les autres. Elle ne s’intéresse pas à ce qui se passe autour d’elle. Elle semble en perpétuelle colère, comme si elle débattait dans un univers hostile. Dès le début, Violette l’a senti dans son cœur de mère. Au quotidien, elle l’a vu. Pourtant le diagnostic fait mal. Assené avec la violence d’un coup de poing, il laisse Violette, Baptiste, le couple et la petite famille exsangue ? Violette se sent coupable d’avoir mis au monde une enfant « inachevée ». Baptiste ne sait comment faire pour gérer sa douleur, ses questions et son couple.
Même différente, sans langage, Clara est avant tout un être d’amour. Et c’est sa force ! Et elle va embellir la vie de la famille…

 Mon avis :
Devenir mère change la vie, c’est un poncif. Cela amène à se poser des questions… ça aussi c’est connu.
Que dire lorsque le nourrisson qui pointe son nez, l’enfant sur lequel on avait fantasmé, pour lequel on a fait les rêves les plus fous est « différent » ?
Je ne peux pas vous mentir : lire ce livre ne laisse pas indemne. C’est un tourbillon de questions qui va naitre sous votre crâne, dans votre cœur.
Il interroge sur l’accompagnement des mères, des pères, des couples qui accueillent ces enfants pas comme les autres. Il interroge sur les « pronostiques » qui sont fait par les médecins ou par certains professionnels ( en moi résonnent les mots émus d’une mère qui, à l’issue de la réunion de synthèse où on a parlé stage en ESAT, a dit «  et dire que quand le diagnostic d’autisme avec déficience a été posé le médecin m’a dit « qu’elle resterait un poids pour sa famille jusqu’à ses 40 ans » »( la mistinguette en question a maintenant un projet professionnel en ESAT, est de plus en plus autonome et progresse ( pas que scolairement) chaque jour depuis que je la connais))
Il interroge donc sur le poids des mots que l’on utilise pour parler de ces enfants « différents ».
Mais différent de quoi ? De la norme qui veut que l’on parle à tel âge, que l’on connaisse le théorème de Pythagore à tel autre, qu’on se comporte de telle ou telle façon dans la société ?
Différent dans sa façon d’appréhender le monde ? De vivre sa relation à l’autre, au monde ?
Le problème de la déficience intellectuelle, de ces handicaps non visibles réside justement dans leur « invisibilité ». Pas possible pour le quidam de se préparer à la rencontre de cet autre (enfant ou adulte) qui ne communique pas par le langage oral, qui ne vous regarde pas quand vous lui parlez, qui ne connait pas et donc ne respectent pas vos codes.
Mais pour le vivre chaque jour, quel bonheur. Tout n’est pas rose, facile mais quelle richesse dans ces échanges sans faux-semblants, sans calcul social, ou vous ne pouvez pas faire autrement que de déposer les armes et de vous ouvrir à l’autre.
On se sent plus fragile pendant l’échange, mais on en ressort plus fort, enrichi (et avec de multiples questions).
Car c’est aussi une rencontre (et un livre), qui vous interroge : quelle place fait-on à l’autre dans la relation ?
De façon plus générale, quelle place la société fait-elle à ces enfants, à ces adultes ? Leur laisse-t-on vraiment le droit, la possibilité de nous montrer de quoi ils sont capables ? Pourquoi se sentir menacé par la différence au point de vouloir modeler l’autre pour qu’il nous ressemble ? Pourquoi ne pas les laisser simplement être eux-mêmes et les accueillir tels qu’ils sont, en nous adaptant, nous ?
Et pourquoi priver les enfants « ordinaires » de ces rencontres si enrichissantes ?
Oui ce livre remue, les questions de Violette sur son rôle auprès de Clara sont douloureuses, lancinantes. Mais quelle belle déclaration d’amour !!!
Et puis ce livre évoque (mais pas assez à mon goût) aussi de la suite, de ce qui se passe quand le petit bébé différent grandit, devient un ado et un adulte. Il aborde juste en quelques mots, la difficulté, pour les parents, de voir cet enfant que l’on a porté, accompagné plus et plus longtemps que les autres, prendre son envol, avoir une vie à lui hors cette famille cocon…
Un livre à lire par chacun, à prêter. Un point de vue important pour les personnes ( de la famille ou non) qui travaillent, côtoient chaque jour des enfants, des ados, des adultes différents et leurs familles.

samedi 9 février 2019

Le bus ( Mélanie Richoz)


Le Bus: Roman

 
 
  •  Le bus ( Mélanie Richoz)
  • Broché: 144 pages
  • Editeur : Editions Slatkine (29 août 2018)
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2832108814
  • ISBN-13: 978-2832108819



Mon résumé :
Cerise est belle, élancée, gracieuse. Elle plaît aux hommes. Adolescente déjà c’était une jolie jeune fille. Depuis que sa jeune sœur a lu son journal intime, elle dessine  ses émotions à la craie, avec des tisons… Elle noircie des pages.
Mais Cerise n’est pas une femme comme les autres. Elle n’est pas comme ses sœurs Jeanne et Léonie. Elle n’a pas d’enfant, elle. Elle n’en aura jamais. Car elle a une « pathologie ». Ses sœurs savent qu’elle a quelque chose de différent, mais rien n’a été dit, vraiment.

  Coup de coeur !!!

Mon avis :
Qu’est-ce qu’être une femme ? Est-ce avoir ses règles tous les mois ? Est-ce être mère ? Est-ce pouvoir le devenir dès l’adolescence ?
Ou bien est-ce pouvoir ressentir du plaisir avec quelqu’un ? avec un homme ? avec une femme ?
Et qu’est-ce qu’être mère ? Nourrir et habiller ses enfants ? Les mettre au monde ? Les aimer ?
Et que transmettre de la maternité et de la féminité à sa ou ses filles ? Comment le transmettre ?
Dans ce trop court livre il est question de tout cela. Il est aussi question de s’accepter soi-même pour être acceptée par les autres. Il est question des silences qui empêchent d’avancer ou qui coupent les ailes. Il est question de la difficulté, pour une mère, d’accepter que sa fille devienne une femme, qu’elle découvre le plaisir, qu’elle vive une histoire avec un homme.
Il est question de relation entre sœurs, de descendance.
Un livre trop court, des portraits de femmes magnifiques qui se construisent comme elles peuvent, chacune avec ses interdits et ses tabous, avec ses désirs…
Et des mots qui frappent au cœur, au ventre. Des mots qui suscitent la réflexion….
Un grand merci à Mélanie Richoz, pour ses mots si justes, pour sa sensibilité et son respect pour ses personnages.
J’espère qu’elle acceptera mes excuses pour avoir tant tarder à parler de ce que j’avais pourtant dévoré dès réception… en août dernier. Ma deuxième lecture, il y a quelques jours, m’a permis de mieux le savourer, de mieux comprendre chacun des personnages !

Au fil des pages ….

« A son avis, sans le verbe, l’autre se réfère d’avantage à lui, à ce qu’il ressent, et non à ce qu’il croit comprendre d’un récit extérieur, soumis trop vite au jugement.
On est fort pour ne s’en tenir seulement qu’aux mots,
toujours aux mots
et rien qu’aux mots…
Aux mots qui banalisent l’émotion en intellectualisant les petits bonheurs comme les grosses déceptions. Rationaliser, polir.
Barricader.
Exagérer, déjouer.
Mentir. »
« Dès lors, j’ai anticipé le pire, afin de pouvoir y faire face au cas où. »
« En donnant la vie j’ai pris conscience de la mort » 
« Toutes ces années, Cerise s’est donc construite sur un tabou qui, entre l’inexpliqué et l’inexprimable, creuse le sillon des non-dits et des quiproquos qui confinent à la honte. »
« L’accumulation des absences avait fini par creuser les fêlures du manque par lesquelles s’écoulaient même les instants les plus pleins.
Maintenant c’est le manque qui lui manque. »
« Des larmes d’enfant
des larmes d’hier
pour une mère dont j’ai fait le deuil il y a plusieurs mois mais que je continue à perdre chaque jour. »
« Le bonheur, comme un chat fuit si on le course, mais c’est sans compter l’apprivoiser.
Sous les caresses, le chat ronronne, non ? »
 

samedi 18 février 2017

Deux cigarettes dans le noir (Julien Dufresne Lamy)



Deux Cigarettes dans le noir


  •  Deux cigarettes dans le noir (Julien Dufresne Lamy)
  • Broché: 304 pages
  • Editeur : Belfond (12 janvier 2017)
  • Collection : ROMAN
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2714475736
  • ISBN-13: 978-2714475732 





Quatrième de couverture :
Clémentine travaille dans une usine de parfum. Elle attend un enfant.
Au moment d'accoucher elle prend sa voiture, et dans la douleur de son corps sur le point d'en faire naître un autre, elle en percute un troisième. Sur la chaussée. La douleur fait fermer les yeux. Pas le temps de s'arrêter. Quelques minutes plus tard, elle est déjà en salle de travail.
De retour à la maison seule avec son bébé, elle apprend la mort deux jours plus tôt, à Paris, de la chorégraphe Pina Bausch. Clémentine se souvient : une silhouette maigre, de longs cheveux gris – c'est Pina qu'elle a fauchée. Elle a tué un génie en mettant au monde son enfant. Dépression post-partum ou véritable accident ? Clémentine, sidérée, se laisse happer par l'univers de la danseuse disparue. Elle emprunte les films de ses ballets à la médiathèque du quartier, les visionne inlassablement tout en allaitant Barnabé. Bientôt, il faudra reprendre le chemin de l'usine.
Tandis que Barnabé vit ses premières semaines contre le sein de sa mère, privé de tout contact extérieur, Clémentine vit ses premières heures devant Pina qui va l'éveiller à quelque chose. Mais quoi ? La maternité et la danse, la vie, la mort se côtoient dans le troisième roman du jeune Julien Dufresne-Lamy.

Mon résumé et mon avis :

Il y a des livres qu’on lit avec un sentiment d’urgence. Pas parce qu’on est pressé de le finir… NON !!! C’est plutôt parce que cette urgence « transpire » du texte (excusez-moi, je n’aime pas cette expression mais je n’arrive pas à trouver comment l’exprimer autrement).
L’écriture de Mr Dufresne confère ce sentiment : les phrases sont courtes, simples (mais pas simplistes), percutantes. Le style en est presque haletant !
Il y a aussi l’histoire qui pousse à cette urgence. Dès les premières pages, on veut savoir. Comment l’héroïne va-t-elle élever son enfant ? A-t-elle vraiment renversé et tué cette danseuse célèbre ? Va-t-elle être retrouvée par la police ? incarcérée ? Ce livre a presque des airs de polar surtout quand à un moment…  
Et puis il y a aussi les personnages qui donnent envie de ne plus lâcher ce livre. D’emblée, dès les premières lignes on s’attache au personnage principal. Clémentine semble un peu étrange pourtant. Elle fait un peu hors-norme, extraterrestre… On a l’impression qu’elle se donne dès les premières lignes, qu’elle assume parfaitement ce qu’elle et ses choix. Et pourtant, paradoxalement on sent une sorte de souffrance en filigrane. Et il faudra en fait tout le livre pour la connaître, pour qu’elle se révèle vraiment et nous livre la « vraie vérité » sur son passé (l’expression peu française est choisie à dessein), pas celle qu’elle s’est racontée pour tenir debout, pour se construire. Mais finalement, si elle n’était pas prête à nous la dire d’emblée, c’est peut-être parce qu’il fallait qu’elle l’accepte d’abord elle-même, qu’elle se « l’avoue » avant de pouvoir l’énoncer. Et les deux évènements que sont la naissance de son fils et son « meurtre » la pousse à accoucher d’elle-même.
L’auteur nous donne une vision assez originale de la maternité, de la façon dont la relation entre un enfant et sa mère se construit. En fait, elle montre que cette relation est une construction. Est-ce à cause de son passé ? En tout cas, entre Clémentine et son fils, tout n’est pas évident. Elle doit tout apprendre. Elle a beau s’être documentée sur comment prendre soin de lui, le nourrir, elle est quand même démunie. Car sur aucun site web il n’est expliqué comment aimer et créer une relation d’attachement avec son enfant. On la sent à la fois pleine de convictions, de certitudes et pourtant si fragile cette Clémentine. Comment ne pas s’attacher à elle ?
J’ai apprécié aussi de découvrir, en parallèle, la vie de la danseuse Pinta Bausch. Les deux femmes ont en fait beaucoup de points communs :la même exigence vis-à-vis d’elles-mêmes et d’autrui, la même âpreté au travail. Elles sont toutes les deux très rigoureuses voir parfois rigides, entêtées.
Ce roman troublant est un coup de cœur j’avoue.
Un grand merci à Mr Gilles Paris et à Elodie Romiguière pour cet envoi !

Citations :

« Lorsque j’étais petite, il m’arrivait de m’imaginer en bonne mère. Mais quand cela m’arrive je rate. »

« J’ai la trouille de rater. De pas saisir. De monter les failles et le manque de force de mes bras. J’ai peur de montrer à tous ceux que m’entourent que pour le petit bonhomme à mes côtés, je ne sais pas comment m’y prendre. »

« J’aime ma mère pour ce qu’elle pourrait être. Et pour tout le reste, l’aimer est plus fort que moi. »

« Chez lui, c’était touchant, cet homme bourgeois abonné aux fautes d’orthographe. Les erreurs devenaient belles, on aurait dit des bosses, des couleurs qui égayaient mes yeux. Je les lisais, ses mots mal écrits sortaient de leur trou, ils glissaient, se déguisaient, ils inventaient des formes, enfilaient des chaussures trop grandes pour aller se pavaner ailleurs, là où les gens s’en foutent. »

« Elle me dit toujours, Clémentine, tu es un liquide. Tu t’adaptes, tu fais selon les gens, à force ça te triture l’esprit. Tu dois être un plastique. Les plastiques, ça ne se plie pas, ça s’impose, ça pollue l’extérieur comme tout le monde. »

« Avant je m’imaginais qu’être mère, c’était la somptuosité, la confiance, la satisfaction. Je voyais la maternité comme une porte d’entrée. Sans dalle fissurée, sans trou de souris. Un état meilleur révélé. Je me suis trompée. Enfanter c’est le début de la tombée. »
« On ne lui dit rien en face, on ose pas parce qu’elle parait fragile. Une si petite femme, ça ne se réprimande pas. »

« Mais aujourd’hui, l’ouvrier vise haut. EN voyant de près les 4x4 des cadres sur le parking il se dit que lui aussi, il a le droit de polluer la planète trois fois plus qu’un autre abruti. »

« Je ne présenta pas d’excuse. J’ai commis l’inexcusable en donnant naissance. Donner la vie ça ne se plaide pas. La vie n’est pas une raison valable. On le sait, ça se défend très mal. »

« Personne ne savait que c’était la dernière fois qu’ils pouvaient médire. Peut-être que je leur manquerai : les gens sur qui on s’acharne, on le les oublie jamais. »

« Peut-être qu’on se retrouvera tous les deux, parce que l’amour ça rebondit, ça s’infiltre, ça ne disparaît pas comme ça. »


Ce sera mon premier titre pour le challenge Petit bac, dans la catégorie  objet
Petit Bac 2017