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mardi 7 octobre 2014

Le poison d’amour (Eric-Emmanuel Schmitt)



Détails sur le produit


  •  Le poison d’amour (Eric-Emmanuel Schmitt)
  • Broché: 180 pages
  • Editeur : ALBIN MICHEL (1 octobre 2014)
  • Collection : LITT.GENERALE
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2226259953
  • ISBN-13: 978-2226259950



Mon résumé : 

Voici un livre, pas épais, mais pourtant difficile à résumer.
Au départ, elles sont quatre, quatre jeunes filles de 16 ans.
 16 ans, un âge « épuisant »où l’on n’est plus une enfant mais pas encore une adulte.
Un âge où l’on s’interroge sur l’amour sous toutes ses formes : amour filiale, amour amical, amour pour les représentants de l’autre sexe…
Ce sentiment dont on nous rebat les oreilles naît-il spontanément ? Faut-il/peut-on le susciter ? Peut-il durer ? Est-il un poison ou une bénédiction ?
La seule chose dont elles sont sûres c’est qu’il se répand dans le corps et le cœur et que ses conséquences sont multiples….
Tour à tour, par le biais de leurs journaux intimes, Raphaëlle, Julia, Colombe et Anouchka nous  racontent leur quotidien et les interrogations qui en découlent. Elles s’observent mutuellement sans concession, parfois avec dureté mais toujours avec tendresse. Et elles tentent de devenir adulte….

Mon avis :

Il s’en est fallu de peu pour que ce livre soit un coup de cœur. … Cela s’est joué à quelques pages je pense.
J’ai lu avec plaisir les journaux intimes de ces quatre adolescentes. J’ai suivi leur émois, leurs tourments   familiaux, amicaux ou amoureux avec curiosité (plus j’avançais dans ma lecture, plus je me demandais où l’auteur voulait m’emmener).
J’ai apprécié l’absence de mièvrerie. On sait tous qu’entre elles les filles sont loin d’être tendres. Et j’ai retrouvé ce coté « pestouille » dans la façon dont elles parlent les unes des autres, dont elles s’examinent, se critiquent, se comportent…. regard critique jamais dénué de tendresse pourtant !
On sent bien, en filigrane que ces quatre jeunes femmes cherchent surtout à être aimées comme elles sont, à devenir des adultes, à trouver leur place. Elles voudraient être comme les autres, tout en étant à part, particulières…,
Ce livre me laisse toutefois un sentiment étrange. Je l’ai trouvé un poil trop court. C’est au moment où je commençais à m’attacher aux personnages que j’ai tourné la dernière page. Quelques pages de plus auraient sans doute donné un peu plus d’épaisseur à ces jeunes filles.
Dans le même temps, j’ai été bluffé par le retournement de situation final….
En fait, au fur et à mesure que je rédige ce billet, une envie monte en moi : celle de le relire, et aussi de découvrir le premier opus…. en attendant le lire le suivant. 

Merci à Mr Paris pour cet envoi!!

Citations :
«  Oh j’accepte de quitter l’enfance mais à condition de devenir une femme ».

«  Les hommes n’auront pas ma peau, c’est moi qui aurai la leur. »

«  Alors pourquoi je me sens si seule quand on me juge si populaire ? »

«  Puis nous en avons conclu que la langue française se trompait en autorisant «  amour » à rimer avec « toujours » et qu’en revanche elle sonnait juste en mariant «  amitié » avec « éternité » ». 

« Dire « oui » à un garçon c’est facile. Se dire « oui » à soi même ça coûte. »

«  Les garçons possèdent un radar pour approcher les filles et décocher la phrase qui les blessent au ventre. »
«  Aujourd’hui avec les couples qui se font, se défont et se refont ailleurs, être un enfant requiert beaucoup d’indulgence envers ses  géniteurs. »

dimanche 5 octobre 2014

Les mots qu’on ne me dit pas (Véronique Poulain)



Détails sur le produit

  •  Les mots qu’on ne me dit pas  (Véronique Poulain)
  • Relié: 144 pages
  • Editeur : Stock (20 août 2014)
  • Collection : La Bleue
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2234078008
  • ISBN-13: 978-2234078000





S’ils ne lui ont pas dit ces mots, les parents de Véronique, c’est parce qu’ils étaient dans l’incapacité de le faire. Sourds et muets, ils ont mis au monde une petite fille «  parlante »….
Et toute son enfance, la fillette a du répondre à la question «  comment fais-tu pour parler avec tes parents ? »
Et toute son enfance elle a oscillé entre la « fierté » d’être particulière et la honte de ces parents qui ne pouvaient pas se faire comprendre des autres.
C’est avec beaucoup de pudeur et d’humour qu’elle nous raconte sa vie quotidienne.
Elle aborde le sujet du bruit omniprésent chez elle. Car, comme ils n’entendent pas, les sourds ne se rendent pas compte qu’ils font du bruit : en mangeant, en bougeant, en déplaçant les objets, ou en se brossant les dents.
Elle raconte avec humour les farces que ses cousins et elle ont faites à leurs parents. Profitant de leur surdité pour sortir en cachette par exemple. Mais elle explique aussi les quiproquos, la difficulté de communiquer avec une langue des signes inadaptée à l’expression des proverbes, ou des nuances («  déjà qu’ils n’entendent pas, comment voulez vous qu’ils me sous-entendent ? »)
Elle exprime avec pudeur son envie de vivre dans une famille normale, de pouvoir communiquer «  normalement » avec ses parents…. Elle aborde sa difficulté, à elle pourtant bavarde d’exprimer ses sentiments.
Ce livre est également une belle déclaration d’amour à ses parents qui ont fait tout ce qu’ils ont pu pour l’élever ( malgré leur sensation de vivre dans un autre monde) et lui offrir toutes les chances d’être heureuse.

Un livre léger mais sérieux, une belle lecture !

vendredi 22 août 2014

Le cercle des femmes (Sophie Brocas)



Détails sur le produit

  •  Le cercle des femmes (Sophie Brocas)
  • Broché
  • Editeur : JULLIARD (21 août 2014)
  • Collection : ROMAN
  • ISBN-10: 2260022006
  • ISBN-13: 978-2260022008


Mon résumé :

Mamie Alice est morte, comme ça, sans crier gare, à 90 ans…. Mamie Alice c’est la mère de  Solange (appelée Sol par tout le monde), la grand-mère de Marie et l’arrière –grand-mère de Lia.
A 20 ans, Lia rejoint les Landes, la maison d’été de son enfance pour assister à son enterrement.
Avant de partir, elle aide sa mère à ranger, et trier les affaires de son arrière grand-mère.
Et sous une armoire, elle découvre un petit carnet noir…déterrant ainsi un secret de famille bien enfoui… Un secret qui éclaire d’un jour nouveau bien des comportements de cette lignée de femmes...

Mon avis :

Ce n’est pas d’une ronde qu’il est ici question. Mais plutôt de la reproduction  inconsciente des schémas familiaux.
J’ai bien aimé la façon dont Sophie Brocas nous raconte les répercussions de la découverte de ce secret .Elle n’hésite pas à bousculer le temps, à l’accélérer ou le ralentir selon l’accent qu’elle veut mettre sur un évènement. Cela lui permet de ne pas délayer l’histoire mais au contraire de rendre efficace le récit de Lia, de mettre en perspective les évènements et de mieux les comprendre. Les répercussions de la découverte sur la vie de chacune des femmes sont clairement énoncées et apparentes. On voit clairement évoluer la personnalité de Lia, on comprend mieux ses décisions, ses actes. Ce personnage est intéressant, car l’auteur n’en fait pas une héroïne  pleine de bons sentiments qui subiraient les conséquences des décisions de ses ancêtres .Au contraire, Lia est une jeune femme pleine de hargne, qui hésite entre subir et prendre son destin en main ,entre rester dans le cercle «  vicieux » des  femmes de sa famille et en sortir pour écrire sa propre histoire. Elle n’hésite pas à haïr, à être en colère ou à s’interroger…. 
Le style de Mme Brocas est clair, et efficace.
Mon seul bémol est qu’il manque un tout petit « truc » mais je ne sais pas lequel, pour que l’on ressente plus d’empathie pour Lia…  et que ce livre soit un coup de cœur…

Citations :

«  J’ai eu beaucoup de mal à la laisser aller au bout de sa noirceur, malgré ma peur du geste irréparable. Il m’a fallu accepter son rythme, sa façon de creuser toujours plus profond le sillon de la douleur, les mensonges dont elle se berçait pour survivre. »

«  Comprendrait-il la peur panique qui tout à l’heure m’a envahie en pensant que d’autres secrets, peut-être, n’attendaient qu’un signale tenu pour exhaler leur souffle fétide ? Comme si j’avais ouvert par mégarde une boite à drame. »

« Je commence à en avoir ma claque de ces adultes qui se révèlent tout à trac sous un jour nouveau. On croit les connaitre. On les prend pour des ancres auxquelles on peut s’accrocher par gros temps. On leur fait confiance. Ils sont prévisibles. Ils rassurent. Et puis voila que sans crier gare ils se mettent à dériver, emporter par d’invisibles courants sous-marins qu’ils cachaient au fond d’abysses noirs. Les voila qui ne résiste plus à leur fractures souterraines. »

«  Oui l’amour est fragile. Il a ses saisons, ses cycles. Oui il rayonne, s’étiole, s’éteint et puis renait à nouveau. A condition qu’on le traite avec respect, qu’on lui donne le temps de se transformer, qu’on lui fasse confiance. »

« A. s’est fabriqué une carapace avec cet entêtement qui lui ressemblait tant. Couche après couche, elle a recouvert son âme, son cœur, son corps pour les protéger de ses émotions. »

« Elle vieillit sans drame, à bas bruit, comme pour me donner le temps de m’y habituer. »

«  A-t-elle pensé aux efforts que j’ai fait avec chacun de ses amoureux pour trouver ma place, ne pas peser, ne pas la perdre ? […] Ne pas trop s’attacher, ne pas détester trop fort. Lorsqu’ils partaient, il fallait la consoler, résister à la vague de tristesse qui pouvait la submerger, ne pas se laisser emporter soi-même. »

«  Cette peur panique qui l’envahissait chaque fois que je tentais de me dégager, cette couverture d’amour dans laquelle elle cherchait à m’emmailloter dès que je voulais éprouver par moi-même et qui me donnait le sentiment d’étouffer. »

«  Peut être que pour moi s’engager c’est de se mettre en danger. Aimer c’est prendre le risque de souffrir si on est abandonné. »

«  Chacun doit apprendre à vivre avec ses cicatrices. Si on le refuse, si on ne veut pas guérir une plaie béante, alors c’est la flamme de vie dont nous sommes porteurs que nous éteignons volontairement. »

Un jeune homme prometteur ( Gautier Battistella)





  •  Un jeune homme prometteur ( Gautier Battistella)
  • Relié: 400 pages
  • Editeur : Grasset (27 août 2014)
  • Collection : Littérature Française
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2246810779
  • ISBN-13: 978-2246810773

Tout commence à Labat, un petit village des Pyrénées. C’est là que le narrateur et son frère Jeff de 4 ans son aîné, sont élevés par Mémé.  Abandonnés  à la naissance par leur mère ils sont passés de famille d’accueil en famille d’accueil, puis après quelques années à l’orphelinat, Mémé est venue les adopter.
Ils passent leur enfance entre les limaces, les confitures, l’école.
C’est grâce à Mémé que le narrateur fait le connaissance de Mme Petrovna, la voisine à la réputation de sorcière, qui va l’éveiller à la littérature et à l’écriture.
Un jour, après une rupture sentimental, il décide de monter à Paris, pour retrouver sa mère….

Mon avis.

Le style, un peu candide, mais dynamique, de l’écriture m’a séduite. On se trouve dans la tête du narrateur, et on voit vraiment le monde à travers ses yeux, et ses réactions quand il est enfant son vraiment bien rendues.
Je me suis vraiment attachée à ce personnage je crois, malgré la violence que l’on sent à fleur de peau chez lui. Il ne s’apitoie jamais sur son sort et pose un regard candide, parfois stupéfait sur le monde. Il sent bien qu’il est particulier, le lecteur «  sent » cette particularité sans forcément y mettre le mot qui convient. Le personnage de «  Mémé » est également intéressant.
Mon seul bémol est une longue partie pleine de violence, de sexe mais au final peut intéressante tant en elle-même que  pour l’avancée de l’histoire. Je l’ai lu en diagonale et j’ai bien fait de poursuivre jusqu’à la fin car la fin est bien  et permet de tout comprendre, de mettre les pièces du puzzle en place et de comprendre finalement très bien le héro. Je dirais que Mr Battistella est un auteur à suivre !

Citations

« Aujourd’hui je considère que je m’en suis bien tiré. Ça aurait pu être plus grave. J’aurais pu devenir contrôleur à la RATP. Ou aux impôts."

«  S’ils savaient écrire les assassins feraient d’excellents écrivains. Ils ont de l’imagination à revendre et du temps à tuer. L’inverse n’est pas sûr. Il y a un précipice entre tirer à la ligne et à bout portant. Les jours du tueur sont comptés. L’écrivain prétend à l’immortalité. Je suis le trait d’union originel entre ces deux mondes.

"Je ne comprenais pas comment on pouvait interdire ce qui n’existait pas. »

«  C’est comme ça que tout à commencé. Par quelques notes sur le piano à mots »

«  Les adultes ont le droit de ne pas entendre certaines questions. C’est permis par le code des personnages majeures. Sauf que moi personne ne m’interdit de poser une autre question. »

«  Écrivain ça me disait. C’est facile, il suffit de s’asseoir, de réfléchir et d’écrire pour gagner plein d’argent (faut juste pas avoir l’air trop riche, ça fait pas crédible."

«  Je n’ai pas de mémoire, juste des flashs en noir et blanc. Mon enfance à été inscrite sur un coin de brouillard  et je l’ai perdue. »

«  Plus besoin d’aimer ni de haïr. Je me cacherai au fond de moi-même pour le reste de l’éternité, en espérant qu’elle passe vite. »

«  J’ai compris très tôt qu’avoir des muscles ne suffisait pas. Avoir des mots était mieux. Ça faisait plus mal. Un coquard finit toujours par guérir. Si on plante une insulte là où il faut, des années sont nécessaires pour s’en remettre. On peut même saigner toute sa vie. »

«  je sais pourquoi on les appelle les patients. Il en faut une sacré dose de patience. Patient c’est le terme médical pour prisonnier. »

« Mémé conseillait ‘ quand tu es mal, regarde ailleurs' .Elle a  oublié de me montrer une direction. »

«  Je croyais que les mots guérissaient, je m’étais trompé. Ils allègent le présent c’est tout. Le temps passe, les blessures demeurent : celles que l’on croyait cicatrisé s’ouvrent à la première maladresse de la mémoire. »