
Mon
résumé :
Au
dire de ses amis, de sa famille, de ses collègues, Rosine est une amie, une
mère, une femme et une collègue parfaite. Toujours d’humeur égale, sociable, attentionnée.
Elle adore ses deux filles de Chloé (4 ans) et Manon (6 ans). Rien de plus « normal »
puisqu’elle est, elle-même, la fille d’un couple modèle. Seule la mort de sa
mère, un an avant, a séparé ses parents après 50 ans de mariage.
Mais
alors, pourquoi, ce soir du 6 juin 2018, a-t-elle maintenu les têtes de ses deux
filles sous l’eau ? Est-ce parce que son compagnon lui a annoncé qu’il
allait « réfléchir » ?
Clélia,
enquêtrice de personnalité auprès du tribunal, parviendra-t-elle a trouver une
explication « rationnelle » à un tel crime ?
Mon
avis :
Certains
livres se lisent en apnée. A peine déchiffrée la première phrase vous ne pouvez
vous empêcher de lire la suivante, et celle d’encore après… et cela jusqu’au
point final.
Parce
que vous avez envie de savoir.
Parce
que vous devez savoir.
Parce
qu’il vous faut l’explication de ce qui s’est passé.
Et
aussi parce que dès le début, les personnages, l’écriture, un « truc »
dans la première phrase vous ont donné envie de savoir. Vous savez que si vous arrêtez
votre lecture, si vous posez le livre avant la fin, il vous manquera quelque chose,
une sensation d’inachevé vous poursuivra.
A
mon humble avis de lectrice, « Rosine, une criminelle ordinaire »
en fait partie de ces livres impossible à lâcher.
Pourquoi ?
D’abord
par les personnages. Que ce soit Rosine, Clélia, Isaac, Samuel, ou les autres
ils sont tous forts, attachants.
Parce
que Rosine, même si elle a commis un double infanticide, est aussi celle
qui va accepter de réfléchir sur son passé, sur ce qui a pu la conduire, elle
la femme « ordinaire » à cet acte horrible. Une tâche ardue qui implique
de revisiter son passé, d’accepter de concevoir que sa vie si « idyllique »
a pu être bâtie sur des mensonges, des mensonges des autres mais aussi des
mensonges qu’elle a pu se faire à elle-même. Il n’est pas simple d’accepter de
se remettre ainsi en question toute son existence.
Parce que Christophe, qui est l’ex-mari
de Rosine, le père des 2 victimes, pourrait basculer dans la haine de son
ex-femme Mais il ne le fait pas. Au contraire, il va être celui qui la soutient,
celui qui l’aide dans sa recherche de la vérité, dans sa recherche de clé(s) de
compréhension. Parce que Christophe a compris que la haine ne ramènera pas les
deux enfants. Parce qu’il fait le choix de la compréhension plutôt que celui du
jugement.
Parce
qu’Isaac Delcourt, juge d’instruction, est
lui qui charge Clélia d’enquêter. Il est celui qui réfléchit avec elle, qui l’aide
dans son analyse de la situation. J’ai aimé le duo Isaac-Clélia, la façon dont
ils « pensent » à deux, dont ils construisent leur réflexion en
mettant en commun leurs idées, leurs ressentis et leurs analyses. J’ai aimé
aussi la façon dont Isaac pose des limites à Clélia, l’empêche de déborder sans
pourtant la « brider ».
Enfin
parce qu’il y a Clélia. C’est elle qui est chargée d’enquêter sur la personnalité
de Rosine, elle qui va fouiller le passé de cette « criminelle ordinaire »
pour aller à la recherche de ce qui a fait basculer cette femme, à la vie quasi
« idéale » du côté l’infanticide. Comment
ne pas être d’accord avec sa conviction que « Il y a toujours ou presque une
raison, un élément de vie qui permet de comprendre un passage à l’acte criminel,
personne ne tue juste comme ça ». Comment ne pas admirer sa ténacité vis-à-vis
de la recherche des causes véritables de l’infanticide. Comment ne pas l’admirer,
elle, dont on sent bien pourtant qu’elle cache des choses sur son passé. Au fil
de pages le lecteur ne peut s’empêcher de se poser des questions : Pourquoi
la future libération d’un certain Varennes lui fait-elle aussi peur ? Quel
est le lien qui l’unit à Isaac ? professionnel ? Amical ? Amoureux ? J’ai vraiment
apprécié ce personnage de femme, impulsive, prête à tout pour connaitre la vérité.
J’ai aimé à la fois sa droiture, son intransigeance et son regard sur l’être
humain, son regard sur les crimes, sa perception des rapports humains.
Si je
devais donner un fil conducteur de ce livre ce serait l’idée que le passé contient
souvent une explication du présent. Attention, à aucun moment il n’est question
d’excuser pas le présent mais plutôt de l’expliquer, de l’éclairer sous un autre
jour. J’adhère vraiment à cette idée que connaitre le passé, les relations des
enfants avec leurs parents, des parents entre eux, des gens entre eux peut permettre
de mieux comprendre le présent, et peut-être aider à changer le futur.
J’ai
aussi aimé l’écriture de Mme Cohen, qui a aucun moment ne tombe dans le misérabilisme.
A aucun moment, l’auteur ne tombe dans le travers de dire qu’il « n’est
pas grave d’avoir tué ses enfants ». J’ai vraiment été touchée par les
réflexions de l’auteur sur les relations familiales, sur les crimes et leur raison.
Vers
la fin du livre il est écrit « Il reste toujours des traces après cette plongée
en apnée dans la vie d’un criminel ordinaire ». Alors, Mme Cohen, pour
répondre à votre gentille dédicace (dont je vous remercie) je peux vous dire que,
vos personnages ne m’ont pas seulement touchée et émue, ils vont laisser une
trace dans ma vie de lectrice. Et j’espère très bientôt retrouver Clélia et Isaac…